jeudi 26 mars 2026

Texte 5 (avant dernier)

                                                 Jaune et jouet lié à une déception

 

- Je sais qu’à l’Oberschule on t’apprend l’esprit critique mais nous ne pouvons pas tout remettre en cause ! 

- Pourtant, ça a été possible là d’où on vient…

- Erjon, dans la vie capitaliste, c’est beaucoup plus difficile.  Ici, il n’y a pas de moralité ou de pouvoir démocratique.  Tout est plus… flou !  On ne sait même pas qui détient réellement le pouvoir !

- Mais papa, Monsieur Glück nous dit que partout et toujours, on doit se dresser contre l’ordre établi, quel qu’il soit.  Il appelle ça « vivre debout » !

- Ton Glück n’est pas la meilleure personne qui soit !  Il ne t’a jamais touché ? Tenu la main ?  Serré contre lui ?

- Non !  Jamais !  Qu’est-ce que tu racontes ?

- Rien !  Oublie !  De toute façon, il débarrasse bientôt le plancher ! 

 

 

Erjon a seize ans aujourd’hui.  Une année a passée depuis l’incident de la cuite de Pétra.  Après un temps de moqueries, tout le monde l’a oublié.  Oublié ?  C’est sans compter avec le père de la jeune fille !  Ulcéré de voir que ses lettres de dénonciations n’ont rien donné officiellement alors qu’il a perdu ses parents dans les couloirs de la Stasi, il s’obstine à distiller son fiel délateur dans le quartier de sorte que les parents d’Erjon se sentent ostracisés.

La maman d’Erjon résiste aux remarques désobligeantes et aux sous-entendus culpabilisants du voisinage mais cela lui devient de plus en plus difficile à supporter.

Le père, dont l’image est écornée depuis la remarque insidieuse d’un subordonné, subit des ricanements sur son passage et craint tous les jours pour son emploi…  « Comment, ce mari a-t-il pu se laisser berner par sa femme ?  C’est indigne d’un homme !  Et comment a-t-il pu accéder à ce poste important ? »   

Il s’est mis à boire, en cachette d’abord puis ouvertement à la sortie du travail.  Cela n’a pas arrangé les critiques ni la vie conjugale…

 

 

- Erjon, Marek voudrait te parler…

- Après un an de silence ?

- C’est ton anniversaire !  Il voudrait s’excuser.  Il regrette ses paroles et plus encore, votre bagarre !  Cette dispute l’a marqué plus que le coup qui lui a cassé le nez…

- Pourquoi ne vient-il pas le dire lui-même ?

- Il  est là !  Il t’attend à l’entrée du parc…

- Pétra !  Ce n’est pas à moi d’aller vers lui !  Qu’il vienne !  Et puis merde !

Erjon court vers son ami qu’il n’a pas vu depuis l’altercation.  Ils tombent dans les bras l’un de l’autre en pleurant comme des enfants.  Pétra pleure de concert !

- Qu’est ce qu’on est con, parfois…

- Vous, parfois ?  Toujours, les mecs !

- Oh écoute-là, la môme !  Et elle ?  Jamais peut-être ?

Après les pleurs, les grandes claques dans le dos et le rire, fou, inextinguible, de pur bonheur !  Sous un soleil tout aussi radieux, le trio pénètre dans le Skatepark en espérant ne pas voir les voyous.

- Erjon !  Tu te souviens de ceci ?

Marek sort une petite voiture jaune de sa poche.  Une Porsche Dinky-Toys bien griffée !

- Marek !  Tu l’as toujours ?

- C’est quoi, les mecs ?  Montrez !

- Un mauvais souvenir pour Erjon !

- Racontez-moi…

Erjon se rembrunit.

- Quand on est arrivé à Berlin et grâce aux nouveaux boulots, mes parents ont décidé de remplacer leur vieille Trabant pour une nouvelle voiture, occidentale, sportive !  Naïvement, ils ont cru pouvoir s’offrir la Porsche de leur rêve !  Hélas, ils ont vite déchanté !  Ils sont rentrés à la maison et m’ont annoncé triomphalement :

- La Porsche, on l’a trouvée, voilà, c’est pour toi, Erjon !

- Cruelle déception !  Je me réjouissais à l’avance de pouvoir en jeter plein la vue au village de mon enfance et à mes compagnons de l’Oberschule !

- Tu es aussi naïf que tes parents !

- Pétra !  Faut nous comprendre !  D’où on vient…

- Le « rêve » du capitalisme, oui, on vous a bassinés avec ça toute votre vie, en RDA…

 

 

Pour « chipoter » :

695 mots dont il faut retirer les 26 tirets introduisant les répliques.  L’ordi les compte comme des mots, tout comme les 3 astérisques, soit il reste réellement 664 mots de texte !

Roublard, l’ordi !  Hi hi hi  !!!!

mercredi 4 mars 2026

Texte 4

                             Gris et bibelot lié à une première fois

 

Erjon et Marek mangent un peperburger acheté au marchand ambulant du Skatepark communal.  Pour une fois, les voyous monopolisateurs ne sont pas présents et les rampes sont envahies par des jeunes plus ou moins débutants... 

- Tiens !  Qui voilà ?  Ne serait-ce pas notre douce Pétra avec une jolie écharpe autour du cou ?

- C’est bon, Marek ! 

- Salut les garçons !

- Une nouvelle écharpe, Pétra chérie ?

- Oh, c’est bon, Marek ! répète Erjon !

- Je l’ai trouvée accrochée à mon porte-manteau à l’Oberschule…  Merci Erjon !

 

Pétra claque un bisou sonore sur la joue d’Erjon qui en rougit et se tortille, gêné.

Elle a réussi à échapper à l’attention de son père qui lui défend toujours de voir ses amis.  Son paternel rêve pourtant d’apprendre si les rumeurs qu’il a lancées et ses lettres anonymes ont eu les répercussions voulues.  Les rumeurs, il en est sûr, ont dû faire leur chemin.

Erjon a été appelé à la direction de son établissement mais, après une longue explication corroborée par Pétra elle-même, il n’y a eu aucune suite officielle mais le mal était fait et, depuis, Erjon est l’objet de moqueries quand ce n’est pas d’insultes et de reproches d’autant plus virulents qu’ils viennent de condisciples admiratifs ou envieux…  

Quant à Pétra, c’est l’image d’une fille facile qu’elle trimbale maintenant bien malgré elle…

 

Ernst Glück retient Erjon à la fin de son cours d’algèbre.  Cette fois ce n’est pas pour expliquer l’une ou l’autre équation, non, il lui offre une petite boite noire garnie d’un triangle sur le dessus.

- Tu brilles dans toutes les branches sauf dans la mienne ! 

- Désolé, Monsieur…

- Tu n’as pas à l’être, je comprends.  Je ne t’en veux pas et j’apprécie tes efforts. Si tes camarades en faisaient autant, je serais le plus heureux des profs.  Malheureusement… 

- Je suis désolé, euh…

- Ne t’excuse pas !  Tu es talentueux.  Mes collègues sont unanimes, tu es intelligent.  Tu réussiras dans la vie. 

- Merci, Monsieur…

- À la fin de l’année, je quitte cet établissement pour un autre à Potsdam…

- Ce n’est pas loin…

- On se reverra, c’est sûr.  En attendant, et c’est la première fois que je fais cela, pour t’encourager, voici un souvenir de ma part.  C’est un petit buste en onyx de…

- Shakespeare !

- Tu es un littéraire.  Je veux que chaque fois que ton regard tombe sur ce bibelot, tu te rappelles les efforts que tu as faits pour moi.  Je veux que tu les fasses pour le théâtre.  A défaut de réussir à être comédien, tu deviendras un bon prof de littérature ou de langues…  Allez, file maintenant, tes potes vont s’inquiéter…

 

 

Il devrait se réjouir mais c’est le cœur lourd qu’Erjon rejoint Marek et Pétra…

- Alors ?

- J’ai reçu ça de Glück…

Pétra applaudit de joie tandis que Marek est plus circonspect.

- Un cadeau d’un prof ?  Bizarre, non ?

- Oh, toi, tu vois le mal partout, Marek !

- Monsieur Glück, il nous quitte après la pièce… 

- Tant mieux !  J’espère que le nouveau prof de math cotera plus subtilement qu’en 10, 5 ou zéro !

- Marek, je te déteste quand tu parles comme ça !  Regarde Erjon, il est tout chamboulé !

- Oh, triste chouchou qui sera loin de son bonheur (Glück) préféré !

- Marek, je te hais !

- Je sais, ma chérie, je sais.  Tu n’as d’yeux que pour le malheureux petit violeur !

Erjon décroche un direct sur le nez de Marek surpris ! 

 

Jamais, il n’y a eu de dispute entre ces amis d’enfance originaires du même village de l’Est.  Pétra est pétrifiée, horrifiée.  La chemise de Marek est couverte de sang…

- Désolé Marek !  Je ne sais pas ce qui m’a pris mais tu es odieux !  C’est la première fois qu’on se tape dessus.  Comme je le regrette !

- Tout ça à cause de toi !  Crache Marek en les quittant ! 

Erjon et Pétra se rapprochent insensiblement, se touchent du bout des doigts…

- Erjon, ta main !  Tu saignes…

695 mots !

Texte 6 (dernier)

  Vert    Photo liée à dispute   Le temps a passé… Assis sur le gazon du Skatepark, un Erjon plus mûr et songeur est surpris par Pét...