jeudi 9 avril 2026

Texte 6 (dernier)

 

Vert   Photo liée à dispute

 

Le temps a passé…

Assis sur le gazon du Skatepark, un Erjon plus mûr et songeur est surpris par Pétra qui passait par hasard…

- Toi ?  Bon anniversaire, Erjon !  Je ne me trompe pas ?  Tu as vingt ans aujourd’hui, ce n’est pas rien !  Je suis heureuse de te revoir…

- Bof !

- Tu es de retour dans le quartier ?

- Je cherche un logement.  Ici ou ailleurs, peu importe…

- Mon père ne va pas être heureux de te savoir dans les environs…

Pétra se renfrogne.  Il y a trois ans qu’Erjon a mis le feu à la voiture de son père après l’avoir entendu se vanter de « réduire à rien les communistes de malheur, parents du violeur de sa fille » ! » !  Des années après l’incident, Pétra a eu beau seriner qu’il n’en était rien, son père s’est entêté à vouloir la venger…

- À cause de lui, mes parents sont morts ! marmonne Erjon.

Pétra se tait.  Aucun habitant du quartier n’ignore ce qui s’est passé !

Incapable de résister à la pression subie au travail et à la déchéance de son mari, la mère d’Erjon s’est pendue au lustre du salon le jour où son mari a fait une ultime crise cardiaque dans son coma éthylique !  Quelques temps après, Erjon réduisait en cendres la voiture du concierge, le père de Pétra !

 

- Que vas-tu faire maintenant que tu es libre ?

- Je ne sais pas, on verra bien…

- Avec Marek, je peux t’aider…

- Tu n’as jamais répondu à mes lettres !  Au début de ma peine, je t’écrivais tous les jours…  Aucune réponse !  Au bout d’une année à espérer un mot, un signe, rien !  J’ai arrêté d’écrire…

- Je n’ai jamais rien reçu, je te le jure !

- Encore ton père, je suppose !

- C’est vrai qu’il attend tous les jours la tournée du facteur et redistribue lui-même le courrier dans les boîtes aux lettres de l’immeuble…

Pétra triture son annulaire gauche et tente de masquer l’anneau en or qui le garnit.

- Une alliance ?

- …Oui…  Je suis mariée… depuis deux mois…  avec Marek !

- Ah ?  Bof !  …Moi aussi !  Avec la fille de ma famille d’accueil !  Je… enfin, elle s’est fait faire un gosse, la salope !  Rien que pour échapper à ses parents, tu te rends compte !   Vous êtes heureux, vous ?  Oui je le suppose…

- Oh Erjon !  Comme je regrette tout ce qui est arrivé…

- Bah !  Je ne suis plus libre de toute façon.  J’ai un gosse même si je ne suis pas sûr d’en être le père !

 

 

Cinq ans après cette rencontre dans la verdure du Tiergarten, Erjon, lâché par sa femme volage, se retrouve seul avec un lardon pleurnichard !  S’il avait su, il l’aurait également abandonné…  Cette présence lui pèse lourdement et le paralyse dans ses entreprises. 

- Quand vas-tu cesser de beugler et de courir ?  J’en ai marre, tu entends ?  Je n’en peux plus !

Le gosse, terrorisé ou provocateur, hurle de plus belle.

- Ta gueule ! Ferme-la !  Pitié !  Si tu ne cesses pas, je te dépose sous n’importe quel pont où tu pourras torturer quelqu’un d’autre !

Erjon tire le rideau qui divise le petit studio et se concentre sur la malle qui lui reste de ses parents.  En vue d’un énième déménagement, il trie et jette ce qui l’encombre inutilement.

- Oh ! Le petit buste de Shakespeare ! 

Il ouvre la boite ornée d’un triangle doré.

- Ça aussi, c’est un ratage !  Je n’ai pas compris que les deux vieux étaient venus pour un entretien en vue d’être initié à la franc-maçonnerie.  Merci Monsieur Glück mais j’ai foiré l’entrevue !  Vous auriez pu me prévenir…

Sous le buste, une photo pliée en quatre : un trio d’amis à une époque dont il ne reste qu’une nostalgie désespérée…

Qu’il est loin le théâtre avec Monsieur Glück, sans parler des études littéraires interrompues par son procès puis le séjour en famille d’accueil !

- Oh fils !  Tu gueules encore ?  ARRÊTE, PAR PITIÉ !

704 mots avec astérisques et tirets !

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