Vert Photo liée à dispute
Le temps a passé…
Assis sur le gazon du Skatepark, un Erjon plus mûr et songeur est surpris par Pétra qui passait par hasard…
- Toi ? Bon anniversaire, Erjon ! Je ne me trompe pas ? Tu as vingt ans aujourd’hui, ce n’est pas rien ! Je suis heureuse de te revoir…
- Bof !
- Tu es de retour dans le quartier ?
- Je cherche un logement. Ici ou ailleurs, peu importe…
- Mon père ne va pas être heureux de te savoir dans les environs…
Pétra se renfrogne. Il y a trois ans qu’Erjon a mis le feu à la voiture de son père après l’avoir entendu se vanter de « réduire à rien les communistes de malheur, parents du violeur de sa fille » ! » ! Des années après l’incident, Pétra a eu beau seriner qu’il n’en était rien, son père s’est entêté à vouloir la venger…
- À cause de lui, mes parents sont morts ! marmonne Erjon.
Pétra se tait. Aucun habitant du quartier n’ignore ce qui s’est passé !
Incapable de résister à la pression subie au travail et à la déchéance de son mari, la mère d’Erjon s’est pendue au lustre du salon le jour où son mari a fait une ultime crise cardiaque dans son coma éthylique ! Quelques temps après, Erjon réduisait en cendres la voiture du concierge, le père de Pétra !
- Que vas-tu faire maintenant que tu es libre ?
- Je ne sais pas, on verra bien…
- Avec Marek, je peux t’aider…
- Tu n’as jamais répondu à mes lettres ! Au début de ma peine, je t’écrivais tous les jours… Aucune réponse ! Au bout d’une année à espérer un mot, un signe, rien ! J’ai arrêté d’écrire…
- Je n’ai jamais rien reçu, je te le jure !
- Encore ton père, je suppose !
- C’est vrai qu’il attend tous les jours la tournée du facteur et redistribue lui-même le courrier dans les boîtes aux lettres de l’immeuble…
Pétra triture son annulaire gauche et tente de masquer l’anneau en or qui le garnit.
- Une alliance ?
- …Oui… Je suis mariée… depuis deux mois… avec Marek !
- Ah ? Bof ! …Moi aussi ! Avec la fille de ma famille d’accueil ! Je… enfin, elle s’est fait faire un gosse, la salope ! Rien que pour échapper à ses parents, tu te rends compte ! Vous êtes heureux, vous ? Oui je le suppose…
- Oh Erjon ! Comme je regrette tout ce qui est arrivé…
- Bah ! Je ne suis plus libre de toute façon. J’ai un gosse même si je ne suis pas sûr d’en être le père !
⁎
Cinq ans après cette rencontre dans la verdure du Tiergarten, Erjon, lâché par sa femme volage, se retrouve seul avec un lardon pleurnichard ! S’il avait su, il l’aurait également abandonné… Cette présence lui pèse lourdement et le paralyse dans ses entreprises.
- Quand vas-tu cesser de beugler et de courir ? J’en ai marre, tu entends ? Je n’en peux plus !
Le gosse, terrorisé ou provocateur, hurle de plus belle.
- Ta gueule ! Ferme-la ! Pitié ! Si tu ne cesses pas, je te dépose sous n’importe quel pont où tu pourras torturer quelqu’un d’autre !
Erjon tire le rideau qui divise le petit studio et se concentre sur la malle qui lui reste de ses parents. En vue d’un énième déménagement, il trie et jette ce qui l’encombre inutilement.
- Oh ! Le petit buste de Shakespeare !
Il ouvre la boite ornée d’un triangle doré.
- Ça aussi, c’est un ratage ! Je n’ai pas compris que les deux vieux étaient venus pour un entretien en vue d’être initié à la franc-maçonnerie. Merci Monsieur Glück mais j’ai foiré l’entrevue ! Vous auriez pu me prévenir…
Sous le buste, une photo pliée en quatre : un trio d’amis à une époque dont il ne reste qu’une nostalgie désespérée…
Qu’il est loin le théâtre avec Monsieur Glück, sans parler des études littéraires interrompues par son procès puis le séjour en famille d’accueil !
- Oh fils ! Tu gueules encore ? ARRÊTE, PAR PITIÉ !
⁎
704 mots avec astérisques et tirets !
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerQuel gâchis ! Texte réaliste. La vie ne tient pas à grand chose.
Romeo et Juliette une amour impossible après tout ce qui s'est passé. A seulement 20 ans Erjon a la charge d'un bébé qu'il soupçonne en plus ne pas être le sien . Malgré tout il le garde.
Marek connaissant les sentiments d' Erjon pour Petra ne s'est pas
gêné pour l'épouser. Que de déceptions et de traumatismes! Je conseille à Erjon de ne pas rester seul avec ce bb et de demander de l'aide auprès des professionnelle de la petite enfance pour le soulager . En effet bb ne va pas arrêter de pleurer vu le contexte et si c'est le cas c'est encore pire! Erjon est touchant et semble être condamné par la malchance peut-être que ce BB va lui ouvrir des portes on espère les bonnes !
Bravo!
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerUn ratage complet :
Erjon a perdu ses parents dans d‘horribles circonstances ; Erjon s’est vengé et a perdu sa liberté ; Erjon a perdu son amour, Petra, qui l’a trahi avec son ami de toujours, Marek ; Erjon s’est perdu dans un mariage raté et se retrouve seul avec un moutard difficile et braillard, qui n’est peut-être pas de lui .
Toute cette histoire, toutes ces relations moches de chez moches il faut bien le dire, nous propose un bien sinistre conclusion.
Bravo Jan. C’est fort bien écrit sur un très bon rythme. Félicitations.
Christian
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerTrès heureuse de découvrir ta nouvelle. Voilà qui, en effet, se lit avec plaisir, même si la fin de ta nouvelle attriste. C'est très réaliste et un rien désespérant. Erjon n'est pas parvenu à sortir d'un cercle descendant, et parti comme cela, son fils risque de connaître un sort identique. La réalité peut parfois être plus rose que cela... ;-). Je te remercie pour la qualité de tes commentaires sur mes textes. Ils me sont précieux.
Amicalement. Andrée
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerJ’ai lu ta nouvelle avec beaucoup de plaisir. Le rythme des différents chapitres est haletant et les protagonistes sont bien campés. En trame de fond, tu nous fais découvrir la vie avant et après la chute du mur de Berlin, ce qui ajoute une double intrigue à ta nouvelle. : la vie des adolescents mais aussi les conséquences de l’arrivée des allemands de l’Est pas toujours bien accueillis par ceux de l’Ouest. Rien de nouveau sous le soleil.
La fin de ta nouvelle n’est pas un « happy end » mais elle tient compte du climat qui régnait après la réunification et des travers de l’espèce humaine.
Bravo, c’est une belle réussite. Je verrais bien cette nouvelle se transformer en quelque chose de plus long.
En enfin, merci pour tes commentaires réguliers et précieux sur mon travail.
Cordialement,
Cathy
Bonjour, Jan,
RépondreSupprimerMon Dieu, quelle vie que celle d’Erjon!
Il aurait pu, après avoir fui les noirceurs de son pays d’origine, respirer enfin et trouver une relative sérénité. Les amitiés partagées auraient pu le soutenir dans sa nouvelle vie.
Mais non! Les penchants qui s’affermissent et les écarts de conduite et les mauvais choix des uns et des autres, n’ont fait que jalonner sa route de contretemps et de vrais malheurs.
Il faut avoir un moral solide, je trouve, pour pondre au fil des semaines un recit aussi noir
Ton Erjon va-t-il à présent prendre conscience de ses devoirs envers son gosse et prendre un certain goût à lui offrir une paternité empreinte d’affection?
J’admire, une fois de plus, ton imagination et l’intéressante diversité des décors qui soutiennent chaque épisode de ton récit.
Passionnant à lire!
Chapeau!
Amicalement,
Micheline.
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerMerci pour cette nouvelle au thème fort !
Le passé ne lâche pas Erjon, il détruit sans cesse son présent.Une vraie tragédie moderne: il hérite du chaos familial.
Tout est cohérent: les lettres jamais reçues, un amour raté, la prison, l'enfant qui n'est sûrement pas de lui. Il ne sort pas de ce qu'il a subi.
Erjon est vraiment crédible, il est violent, amer, injuste avec cet enfant sur le dos.
Sa violence n'est pas un accident, c 'est un héritage.
Dans cette nouvelle, tout le monde est détruit intérieurement .
C'est vrai, tu assumes bien la noirceur de la vie tout au long des chapitres.
La scène avec l'enfant est dérangeante pour le lecteur et c'est tout ce qu'il faut ! I Erjon devient ce qu'il déteste.
Ici, le temps n'arrange pas les choses, il enfonce les gens...
Merci pour ce moment de lecture qui prend au coeur, Jan !
J'aime le langage naturel de tes personnages, ça sent le vrai !
Bravo pour cette création qui a ta signature littéraire !
L' année "nouvelles " se termine avec un petit pincement au coeur.
Chacun s'est donné corps et âme , a fait vibrer la corde sensible de son
être intérieur . Merci pour tes commentaires toujours aussi positifs qui me confortent dans cette envie folle d'écrire !
Ecrire, c'est se livrer ...
Etre lu, c'est être entendu...
Merci pour cette année !!
Colette
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerUn dénouement désabusé mais tout à fait cohérent avec l’ensemble de cette riche nouvelle. On est triste pour ces héros qui, dans un contexte socio-politique compliqué, étaient pleins de vie, porteurs d’espoir… des jeunes quoi… et puis le cycle de la rancune et de la vengeance s’est installé avec son cortège de victimes. Et à vingt ans à peine, les voilà éteints, subissant leur vie. On sent que Petra a épousé Marek … à défaut d’Erjon. Quant à Erjon, il est passé d’une prison à une autre, sans barreau mais tout aussi hermétique. S’il est débarrassé de sa femme, son sens des responsabilités l’a empêché de laisser un gamin qui l’encombre à cette femme volage et sans doute incapable de l’élever… et ne parlons pas de l’éduquer. Un clin d’œil au politiquement incorrect : Erjon qui se permet de bousculer sérieusement le culte de l’enfant-roi tout en l’aimant assez pour lui sacrifier sa sérénité.
Pour la mise au point finale, il ne te reste qu’à relire attentivement l’ensemble.
Bonne relecture,
Liliane