mercredi 24 décembre 2025

Texte 1

 

 

Livraison 1

Blanc, succès, vaisselle

 

-         Mon père m’a dit que ton rat s’est à nouveau échappé dans la cage d’escalier de l’immeuble.  Heureusement qu’il était là, mon père, parce que le vieux du sixième courait derrière avec une raclette…  Faudrait lui mettre, je ne sais pas quoi, un ruban, un collier pour qu’on sache que c’est le tien et pas un rat sauvage !  Ou l’enfermer carrément !

-         Carolus court en liberté dans l’appartement sur le balcon pendant toute la journée.  Il va de lui-même dans sa cage le soir, ou dans la cuisine pour manger.  Il n’a jamais été emprisonné et pas question de le faire, il aime courir !

Le ton d’Erjon est péremptoire !

-         Marek, dis-lui que les gens ont peur de ce rat !  Il est gigantesque !  Il fait peur !

-         Pétra, Erjon l’élève depuis des années et ce rat n’a jamais mordu personne. 

-         Il se cache même quand il ne connaît pas les gens ! intervient Erjon qui espère ainsi mettre fin à cette discussion qui n’est pas la première et il y fort à parier que ce ne sera pas la dernière...  Il ajoute :

-         Bon, je suppose que c’est foutu pour le skate ce soir !

 

 

 

Un peu morose, le trio se rend vers la Tiergartenstrasse et la résidence de leurs familles.

Les parents d’Erjon ne sont pas encore rentrés.  Tant pis, il doit nourrir Carolus.  Mais où donc se trouve sa gamelle ?  Dans le lave-vaisselle sans doute, alors il se met à la recherche d’un autre bol qui fera l’affaire en attendant…

Dans le fin fond d’une armoire de la cuisine, il met la main sur un bol blanc délicatement décoré, incontestablement une porcelaine ancienne !   

-         Wouah !  qu’est-ce que c’est beau !  Carolus, ce soir, tu es un roi !

Indifférent, Carolus se précipite vers sa pâtée et lui fait un sort, les pattes avant dans le bol délicatement décoré…

C’est la première chose que sa mère aperçoit en rentrant.

-         Erjon, tu es fou !  C’est un trésor !

-         Ce bol, un trésor ?

-         Tu ne vois pas qu’il est orné des armes des Vittelsbach, la maison royale de Bavière ?  Je l’ai reçu de ma grand-tante qui travaillait pour Elisabeth Vittelsbach…

-         Sissi ?

-         Oui. Quand l’impératrice a quitté Miramar pour la Suisse, elle a partagé son service personnel entre ses domestiques.  Ma grand-tante a choisi ce bol que Sissi demandait tous les jours pour son thé…

-         C’est un grand bol, pour un thé !

-         Où l’as-tu retrouvé ?

-         Dans l’armoire, là, rangé par papa…

-         Je pensais qu’on l’avait perdu en quittant Bärenstein ou pendant notre voyage…  Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse !

-         Sans Carolus, je ne l’aurais pas trouvé !  C’est vraiment un trésor ?

-         C’est une pièce unique, historique…

-         N’empêche, pour boire du thé, je préfère nos imitations de petites tasses chinoises que cette… soupière !

 

 

-         Bonjour Monsieur Glûck !

-         Bonjour Erjon !  Alors, ce devoir ?  Est-ce que tu as enfin compris l’énoncé de cette équation ?

-         Bof !  C’est Marek qui me l’a expliquée mais je ne comprends toujours pas…

-         Tu connais toutes les formules par cœur.  Est-ce si difficile de les appliquer ?

-         Non, quand on m’explique, c’est même évident mais je ne parviens pas à les…

-         On ne fera pas de toi un ingénieur !  Heureusement que tu es brillant dans toutes les autres branches.

 

Erjon adore ce prof, c’est même son prof préféré avec Madame Knef, la prof d’allemand.  Ernst Glück fascine.  Physiquement, il a d’un champion de natation, la souplesse, la taille et la carrure.  Personne ne l’imagine en prof de math sec et intransigeant.  Ernst Glück dirige également l’atelier d’initiation au théâtre des activités parascolaires.

Comme d’autres professeur, il a été touché par ce gamin et son ami qui, venus de l’Est, font preuve d’une farouche volonté de s’intégrer et de réussir leurs études. 

La sonnerie de fin des cours résonne dans les couloirs.  Comme le veut l’usage, les élèves de la classe frappent alors du poignet sur leurs bancs en guise de remerciement avant de rassembler leurs affaires dans leurs cartables…

 

708  mots.

13 commentaires:

  1. Bonjour Jan,
    Le rat est-il une métaphore venue du froid ? Ou tout simplement une petit moment de drôlerie ?
    Erjon adore son prof Ernst Glück . C’est même son prof préféré. Grand sportif, il dirige également un atelier de théâtre. Ernst Glück fascine mais n ’aurait-il pas une tendance homosexuelle notre champion ?
    Quant au bol de Sissi (je ne peux l’imaginer que sous les traits de la très charmante Romy Schneider), belle trouvaille que je suppose bien documentée.
    Bravo. Au plaisir de lire la suite. Entretemps, passe un bon réveillon de NA et tous mes vœux les meilleurs pour 2026.
    Cordialement, Christian

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  2. Petit message de Colette

    Bonjour à vous tous, les amis,
    Je ne trouve que ce moyen pour vous contacter et vous dire que Liliane est hospitalisée à Dinant suite à une mauvaise grippe.
    Je l'ai eue en ligne ce matin. Elle se semble fort faible et la toux l'épuise depuis plus d'une semaine.
    Bien sûr, elle s'inquiète pour l'atelier Escale du Nord qu'elle ne peut assumer pour l'instant. Ce qui veut dire que le blog est momentanément suspendu.
    Un petit message de notre part lui fera certainement plaisir. et lui donnera la force pour combattre ce sale virus.
    Montrons-lui qu'elle compte pour nous !
    J'espère toucher tout le groupe par ce biais...
    Je vous souhaite un beau week-end !
    Colette

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  3. Bonjour à tous et toutes,
    Je vous souhaite une bonne et heureuse année remplie de jolies pages d'écriture...
    Je formule également tous mes voeux pour Liliane et qu'un prompt rétablissement soit son cadeau de nouvel-an.
    Je vous embrasse tous et toutes et particulièrement Liliane.
    Bien à vous,
    Jan.

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  4. L’année 2026 s’ouvre comme un livre encore vierge, prête à accueillir nos moments partagés, nos rêves les plus fous, nos projets les plus chers.
    Je vous souhaite des matins doux pleins de promesses et des idées lumineuses pour nous enchanter de vos écrits !
    Ensemble, écrivons des moments magiques, partageons des instants précieux qui permettent de sourire à la vie !
    Belle et heureuse année !
    Que notre Liliane nous revienne guérie et pleine d’enthousiasme !
    A bientôt pour de belles aventures !
    Je vous embrasse,
    Colette

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  5. Ton texte aux échanges très naturels nous plonge dans une tension

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  6. Bonjour Jan,
    Ton texte aux échanges naturels nous plonge dans un conflit de voisinage.
    Un rat est au coeur du problème et cela montre une opposition entre deux systèmes de valeurs. D'un côté la peur, les normes sociales, l'incompréhension , le regard des autres et de l'autre côté la liberté, l'affectif.
    Dans la deuxième partie, le rat permet la découverte d'un bol apparemment banal mais qui se révèle avoir un passé précieux.
    Contraste entre l'usage et le prestige très marqué.
    L'art serait-il une approche personnelle qui attribue de la valeur à un objet pour son intérêt historique, sa valeur sentimentale, son prix ou son usage?
    Pourquoi ne ferais-tu pas de ce rat un révélateur des différents points de vue de la société?
    Merci pour ce texte très vivant !
    Merci aussi pour tes bons voeux, Jan!
    A bientôt !
    Colette

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  7. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  8. Trop rigolo, l'histoire du rat! Ton texte est vif et enlevé. Grâce au rat on retrouve en effet un sacré petit trésor! On est transporté dans un univers historique par le simple bol qui sert de gamelle au rat! J'aime beaucoup! Déjà il y a Berlin-ouest... Déjà un programme! Le sport! Valeur essentielle dans cette Allemagne représentée ici par un prof... astucieux! Que va-t-il se passer? On ne pourrait le deviner... Tout est ouvert.
    Très belle année à toi!

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  9. Bonjour Jan,

    Trois petites scènes qui toutes donnent l’impression d’avoir été filmées en direct : les gamins qui discutent dans l’escalier : comment concilier les craintes des voisins et la certitude qu’Erjon ne laissera personne le séparer de son rat.
    Le trésor retrouvé qui évoque un passé de grandeur : travailler pour Sissi, ce n’était pas à la portée de n’importe qui. La majorité du personnel qui l’approchait était de la noblesse. Donc tu ouvres une porte vers une autre histoire, peut-être… ou pas ! Très bien vu aussi, le peu d’intérêt que présente cet objet de collection aux yeux du gamin.
    Et, plus important sans doute pour Erjon, son parcours scolaire : nul en math, mais brillant dans les autres matières. Donc pas mal de possibilités d’avenir.
    Tu amorces plusieurs pistes que tu ne manqueras sûrement aps d’exploiter. Quant à l’écriture, elle est comme d ‘habitude précise et nerveuse, vivante.
    Un détail : comment Erjon peut-il savoir que c’est son père qui aurait rangé le bol ? Il avait disparu et aurait pu se retrouver là par hasard.
    Dans ton prochain texte, sous le signe du rouge Erjon sera confronté à un parfum qui lui évoque une épreuve.
    Bon travail,
    Liliane

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  10. Prologue riche et touchant. C'est terrible d'être confronté au racisme en pleine adolescence en plus zone de turbulence en temps normal mais avec des rajoutes ... Heureusement il y'a l'amitié et le sport.
    Pour le texte1 Tout est fluide. J'ai la phobie des rats mais je peux concevoir qu'il soit un réconfort pour Erjon. Bien trouvé l'idée du bol.
    Il fera probablement d'autre découverte ...
    Super! Bonne année Jan.
    merci

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  11. Il est bien entouré mais le rat peut en effet à la longue le mettre dans une mauvaise posture. Bonne soirée.

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  12. Bonjour Jan,
    Un peu tard... mais il n'est jamais trop tard, je découvre Erjon que tu vas bientôt confronter aux aléas de la vie. Jusqu'ici, tout va bien? Erjon au skate, Erjon en famille, Erjon à l'école : des petites saynètes qui nous permettent de découvrir un ado gentil, fan de sport, moyennement préoccupé par ses études, amical et amoureux de son rat. Un garçon "normal" qui veut s'intégrer malgré d'inévitables petites piques racistes.
    Le point de départ d'un changement pourrait provenir soit d'un comportement raciste qui le perturbe vraiment, soit de la présence du rat que le voisinage n'apprécie guère, ou encore de l'attention d'un professeur qui veut l'encourager, ce qui suscite de la jalousie, ou d'un échec en math, ou encore du passé de la famille de sa mère nostalgique de l'époque Sissi. Le choix est large et tu as peut-être déjà une autre idée.
    Je suivrai avec plaisir les aventures d'Erjon !
    Marie-Claire

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  13. Bonjour Jan,
    Comme toujours, ton texte est vif, enlevé et captivant. C'est un vrai plaisir de te lire.
    Excellente idée de commencer par ce rat domestiqué par ton jeune héros que tu nous fait connaître progressivement.
    Tu arrives à nous le rendre attachant en quelques lignes.
    Bravo,
    José

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