Gris et bibelot lié à une première fois
Erjon et Marek mangent un peperburger acheté au marchand ambulant du Skatepark communal. Pour une fois, les voyous monopolisateurs ne sont pas présents et les rampes sont envahies par des jeunes plus ou moins débutants...
- Tiens ! Qui voilà ? Ne serait-ce pas notre douce Pétra avec une jolie écharpe autour du cou ?
- C’est bon, Marek !
- Salut les garçons !
- Une nouvelle écharpe, Pétra chérie ?
- Oh, c’est bon, Marek ! répète Erjon !
- Je l’ai trouvée accrochée à mon porte-manteau à l’Oberschule… Merci Erjon !
Pétra claque un bisou sonore sur la joue d’Erjon qui en rougit et se tortille, gêné.
Elle a réussi à échapper à l’attention de son père qui lui défend toujours de voir ses amis. Son paternel rêve pourtant d’apprendre si les rumeurs qu’il a lancées et ses lettres anonymes ont eu les répercussions voulues. Les rumeurs, il en est sûr, ont dû faire leur chemin.
Erjon a été appelé à la direction de son établissement mais, après une longue explication corroborée par Pétra elle-même, il n’y a eu aucune suite officielle mais le mal était fait et, depuis, Erjon est l’objet de moqueries quand ce n’est pas d’insultes et de reproches d’autant plus virulents qu’ils viennent de condisciples admiratifs ou envieux…
Quant à Pétra, c’est l’image d’une fille facile qu’elle trimbale maintenant bien malgré elle…
⁎
Ernst Glück retient Erjon à la fin de son cours d’algèbre. Cette fois ce n’est pas pour expliquer l’une ou l’autre équation, non, il lui offre une petite boite noire garnie d’un triangle sur le dessus.
- Tu brilles dans toutes les branches sauf dans la mienne !
- Désolé, Monsieur…
- Tu n’as pas à l’être, je comprends. Je ne t’en veux pas et j’apprécie tes efforts. Si tes camarades en faisaient autant, je serais le plus heureux des profs. Malheureusement…
- Je suis désolé, euh…
- Ne t’excuse pas ! Tu es talentueux. Mes collègues sont unanimes, tu es intelligent. Tu réussiras dans la vie.
- Merci, Monsieur…
- À la fin de l’année, je quitte cet établissement pour un autre à Potsdam…
- Ce n’est pas loin…
- On se reverra, c’est sûr. En attendant, et c’est la première fois que je fais cela, pour t’encourager, voici un souvenir de ma part. C’est un petit buste en onyx de…
- Shakespeare !
- Tu es un littéraire. Je veux que chaque fois que ton regard tombe sur ce bibelot, tu te rappelles les efforts que tu as faits pour moi. Je veux que tu les fasses pour le théâtre. A défaut de réussir à être comédien, tu deviendras un bon prof de littérature ou de langues… Allez, file maintenant, tes potes vont s’inquiéter…
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Il devrait se réjouir mais c’est le cœur lourd qu’Erjon rejoint Marek et Pétra…
- Alors ?
- J’ai reçu ça de Glück…
Pétra applaudit de joie tandis que Marek est plus circonspect.
- Un cadeau d’un prof ? Bizarre, non ?
- Oh, toi, tu vois le mal partout, Marek !
- Monsieur Glück, il nous quitte après la pièce…
- Tant mieux ! J’espère que le nouveau prof de math cotera plus subtilement qu’en 10, 5 ou zéro !
- Marek, je te déteste quand tu parles comme ça ! Regarde Erjon, il est tout chamboulé !
- Oh, triste chouchou qui sera loin de son bonheur (Glück) préféré !
- Marek, je te hais !
- Je sais, ma chérie, je sais. Tu n’as d’yeux que pour le malheureux petit violeur !
Erjon décroche un direct sur le nez de Marek surpris !
Jamais, il n’y a eu de dispute entre ces amis d’enfance originaires du même village de l’Est. Pétra est pétrifiée, horrifiée. La chemise de Marek est couverte de sang…
- Désolé Marek ! Je ne sais pas ce qui m’a pris mais tu es odieux ! C’est la première fois qu’on se tape dessus. Comme je le regrette !
- Tout ça à cause de toi ! Crache Marek en les quittant !
Erjon et Pétra se rapprochent insensiblement, se touchent du bout des doigts…
- Erjon, ta main ! Tu saignes…
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Bonjour Jan,
RépondreSupprimerErjon a offert une écharpe à Pétra. Marek, l’ami de toujours, se moque de cette sympathique attention envers Pétra sa chérie.
Ernst Glûck, le prof d’algèbre, offre un buste de Shakespeare à Erjon et l’encourage à poursuivre dans la voie littéraire. Ernst Glück va quitter l’établissement pour en rejoindre un autre à Potsdam. Ils se reverront. Ne serait-il pas un peu amoureux de son brillant élève ?
Et Marek, moqueur méchant, peut-être nerveusement jaloux du rapprochement intime possible entre Pétra et Erjon, ne serait-il, in fine, amoureux de son copain de toujours ?
Félicitations. Au plaisir de lire la suite des aventures de ce club des trois.
Cordialement, Christian
Bonjour, Jan,
RépondreSupprimerLes attirances et divergences de sentiments sont claires parmi ces trois-là! Les amitiés résistent même si elles sont malmenées par des accents de timidité, de colère ou de jalousie. Erjon va même jusqu’à balancer un jeton à son ami de toujours!
Mais ce qui interpelle désormais ce sont les présences inattendues de Glūck. Sympa cette attention d’un prof à l’égard d’un élève qui ne brille même pas dans son propre cours.
Que faut-il y voir? Des approches intentionnelles?
Et malgré toute l’affection qu’Erjon porte à Petra, va-t-il résister?
Ces ambiguïtés sont très finement suggérées ! Une réussite.
On attend de voir sur quoi cela va déboucher.
Et ceci n’est pas une formule de politesse toute faite : Je me demande ce que tu nous réserve…?
J’aime bien!
Continue ainsi.
Amicalement,
Micheline.
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerTon histoire alimente vraiment le contexte social actuel dans les collèges: la rumeur et toutes ses dérives ...
Erjon devient victime d'accusations implicites. Il s'appelle "le violeur " tandis que Petra sera pour toujours "la fille facile ". Une prison sociale dont on ne se défait pas ...
L'intervention du prof qui offre un buste de Shakespeare à Erjon marque la reconnaissance personnelle. Elle contraste avec les humiliations de la classe. Tu crées ainsi la tension dramatique que demande le lecteur.
Dans un trio, il y a toujours un élément de trop, qui perturbe. C'est le cas de Marek, provocateur à l'envi.
Malgré l'amitié ancienne qui les unit, les rumeurs ne vont-elles pas détruire cet équilibre fragile?
Sur le plan du style, j'aime beaucoup le rythme du texte. Les dialogues sont vivants, les échanges sont rapides et les brèves descriptions suffisent car, efficaces.
Tu es un vrai auteur de théâtre ! Qui sait, un jour, jouera-t-on une de tes pièces sur les planches ?
Un petit détail si tu permets: Je trouve le passage " Erjon a été appelé à la direction...." trop explicatif. Tu pourrais l'alléger et laisser place à la suggestion. "Montrer" est toujours plus parlant que de longues phrases.
Continue à nous dépeindre ce monde d'ados, tu excelles en la matière!! Bravo comme à chaque fois !
Que nous réserves-tu encore?
A bientôt !
Colette
C'est rapide, enlevé! Le ton est vif et nous emmène ailleurs, dans la "confusion des sentiments". Qui aime qui et comment? Plein de choses possibles... Le prof? De l'admiration? Un autre sentiment caché.? Petra comment va-t-elle répondre à ce geste? Est-ce la fin d'une amitié? Qui sait? Dans cette Allemagne austère, la vie ne doit pas être marrante. Qu'est-ce que cela apporte à la jeunesse? Quels rêves ont-ils? Ton texte est dépaysant! Super!
RépondreSupprimerBonjour Jan,
RépondreSupprimerSubtilité : Micheline a mis le doigt dessus ! C’est vraiment la marque de ce texte comme de l’ensemble de ce que tu as écrit dans le cadre de cet atelier.
Trois courtes scènes aux tons très différents mais toujours très justes. Et avec toujours cette subtile ambiguïté qui titille le lecteur. Les trois adolescents sont très habilement caractérisés par leur comportement. Sans compter le passage très court et sans insistance particulière qui nous apprend que c’est le père de Pétra qui est à l’origine des rumeurs malveillantes concernant la famille. Je suppose que nous saurons pourquoi un peu plus tard. En effet si l’on peut comprendre qu’il n’ait pas apprécié la scène de la salle de bains, pourquoi en veut-il aussi aux parents d’Erjon ? Et même pour la scène de la salle de bains, rien en nous dit qu’il ait été mis au courant.
Je serais assez d’accord avec Colette à propos du paragraphe qui évoque la convocation chez le directeur et ses suites. Peut-être pourrais-tu envisager des phrases plus courtes et une succession d’actions genre :
« Erjon a été appelé à la direction : explication, témoignage de Pétra… finalement pas de sanction officielle mais… mais le mal était fait. » Et continuer avec des faits précis cités en cascade.
Une mention toute particulière pour la fin qui, là encore cultive une subtile ambiguïté entre le geste de tendresse et le geste de soin.
Dans ton prochain texte, sous le signe du jaune, un jouet sera associé à une déception.
Bon travail,
Liliane
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerQuel maestria dans la rédaction de ce chapitre ! Tout sonne juste et les surprises nous cueillent à chaque paragraphe.
Tu retranscris parfaitement les sentiments parfois violents qui agitent des ados.
Te lire est un vrai plaisir et j'ai hâte de connaître la suite.
Amicalement,
José
Bonjour Jan ,
RépondreSupprimerEh ben que d'émotions dans ce texte et le retournement final je ne m'y attendait pas. Marek est odieux! A ce stade ci je n'appelle pas ça de l'amitié. On dirait qu'Erjon devient le souffre douleur de Marek!
Et si en fin de compte c'était Marek qui a tout balancé au père de Petra. Quant au prof j'ai l'impression que le buste offert est le départ de...
Merci .
Bon dimanche.
Nadera