Jaune et jouet lié à une déception
- Je sais qu’à l’Oberschule on t’apprend l’esprit critique mais nous ne pouvons pas tout remettre en cause !
- Pourtant, ça a été possible là d’où on vient…
- Erjon, dans la vie capitaliste, c’est beaucoup plus difficile. Ici, il n’y a pas de moralité ou de pouvoir démocratique. Tout est plus… flou ! On ne sait même pas qui détient réellement le pouvoir !
- Mais papa, Monsieur Glück nous dit que partout et toujours, on doit se dresser contre l’ordre établi, quel qu’il soit. Il appelle ça « vivre debout » !
- Ton Glück n’est pas la meilleure personne qui soit ! Il ne t’a jamais touché ? Tenu la main ? Serré contre lui ?
- Non ! Jamais ! Qu’est-ce que tu racontes ?
- Rien ! Oublie ! De toute façon, il débarrasse bientôt le plancher !
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Erjon a seize ans aujourd’hui. Une année a passée depuis l’incident de la cuite de Pétra. Après un temps de moqueries, tout le monde l’a oublié. Oublié ? C’est sans compter avec le père de la jeune fille ! Ulcéré de voir que ses lettres de dénonciations n’ont rien donné officiellement alors qu’il a perdu ses parents dans les couloirs de la Stasi, il s’obstine à distiller son fiel délateur dans le quartier de sorte que les parents d’Erjon se sentent ostracisés.
La maman d’Erjon résiste aux remarques désobligeantes et aux sous-entendus culpabilisants du voisinage mais cela lui devient de plus en plus difficile à supporter.
Le père, dont l’image est écornée depuis la remarque insidieuse d’un subordonné, subit des ricanements sur son passage et craint tous les jours pour son emploi… « Comment, ce mari a-t-il pu se laisser berner par sa femme ? C’est indigne d’un homme ! Et comment a-t-il pu accéder à ce poste important ? »
Il s’est mis à boire, en cachette d’abord puis ouvertement à la sortie du travail. Cela n’a pas arrangé les critiques ni la vie conjugale…
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- Erjon, Marek voudrait te parler…
- Après un an de silence ?
- C’est ton anniversaire ! Il voudrait s’excuser. Il regrette ses paroles et plus encore, votre bagarre ! Cette dispute l’a marqué plus que le coup qui lui a cassé le nez…
- Pourquoi ne vient-il pas le dire lui-même ?
- Il est là ! Il t’attend à l’entrée du parc…
- Pétra ! Ce n’est pas à moi d’aller vers lui ! Qu’il vienne ! Et puis merde !
Erjon court vers son ami qu’il n’a pas vu depuis l’altercation. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre en pleurant comme des enfants. Pétra pleure de concert !
- Qu’est ce qu’on est con, parfois…
- Vous, parfois ? Toujours, les mecs !
- Oh écoute-là, la môme ! Et elle ? Jamais peut-être ?
Après les pleurs, les grandes claques dans le dos et le rire, fou, inextinguible, de pur bonheur ! Sous un soleil tout aussi radieux, le trio pénètre dans le Skatepark en espérant ne pas voir les voyous.
- Erjon ! Tu te souviens de ceci ?
Marek sort une petite voiture jaune de sa poche. Une Porsche Dinky-Toys bien griffée !
- Marek ! Tu l’as toujours ?
- C’est quoi, les mecs ? Montrez !
- Un mauvais souvenir pour Erjon !
- Racontez-moi…
Erjon se rembrunit.
- Quand on est arrivé à Berlin et grâce aux nouveaux boulots, mes parents ont décidé de remplacer leur vieille Trabant pour une nouvelle voiture, occidentale, sportive ! Naïvement, ils ont cru pouvoir s’offrir la Porsche de leur rêve ! Hélas, ils ont vite déchanté ! Ils sont rentrés à la maison et m’ont annoncé triomphalement :
- La Porsche, on l’a trouvée, voilà, c’est pour toi, Erjon !
- Cruelle déception ! Je me réjouissais à l’avance de pouvoir en jeter plein la vue au village de mon enfance et à mes compagnons de l’Oberschule !
- Tu es aussi naïf que tes parents !
- Pétra ! Faut nous comprendre ! D’où on vient…
- Le « rêve » du capitalisme, oui, on vous a bassinés avec ça toute votre vie, en RDA…
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Pour « chipoter » :
695 mots dont il faut retirer les 26 tirets introduisant les répliques. L’ordi les compte comme des mots, tout comme les 3 astérisques, soit il reste réellement 664 mots de texte !
Roublard, l’ordi ! Hi hi hi !!!!
Je n'aurais jamais eu l'idée de faire ce genre de vérification, mais c'est instructif!!!
RépondreSupprimerLiliane
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerLe père d’Erjon a une vue très noire de notre démocratie. Et monsieur Glück n’a-t-il pas raison lorsqu’il dit, à l’instar de Jacques Brel, qu’il faut « Vivre debout » et comme Salomé Saqué qu’il faut « Résister ». J’aurais tendance à les suivre.
Tof les retrouvailles de nos jeunes. Triste le « rêve » de notre démocratie déformée par un capitalisme brutal.
Comment se terminera cette aventure ? Que deviendront ces jeunes gens ? Que se passera-t-il pour le père d’Erjon jalousé ? Comment réagira la maman d’Erjon face aux remarques insidieuses ? Et puis, qu’adviendra-t-il du père dénonciateurs/délateurs de la jeune Petra ?
J’attends la fin de ta nouvelle avec curiosité et te « pardonne » le fait qu’il manque 36 mots !Bravo. Au plaisir de lire la suite. Christian
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerTu as l'art de nous plonger dans cette histoire pleine de contrastes.
Les rêves se transforment en déception pour Erjon et ses parents. L'histoire de la Porsche en est une preuve. Leurs attentes étaient irréalistes et la désillusion est d'autant plus grande.
Quel joli passage de retrouvailles des 3 enfants ! Une forte charge émotionnelle qui montre bien ce qu'est la vraie vie: des hauts et des bas.
Au 2 ème paragraphe, tu nous informes du ressenti du père de Petra, de celui d' Erjon et de sa mère. Là, il n'y a aucun dialogue qui donnerait de la vie alors que tout le reste du texte en regorge.
Le lecteur est un peu frustré car il y a comme une coupure de rythme. C'est mon ressenti personnel ...
Un grand bravo pour tes dialogues si naturels qui nous emmènent avec tes personnages !
Que nous prépareras-tu pour clore cette jolie nouvelle?
Les personnages vont-ils trouver le bonheur?
Tu vas nous étonner, on n'en doute pas !
Mystère et boule de gomme pour l'instant....
A très vite !
Colette
Bonjour, Jan,
RépondreSupprimerHeureuse de pouvoir plonger à nouveau dans ce récit toujours aussi riche d’arrière-plans à la fois historiques et politiques.
D’accord avec le professeur Glück lorsqu’il incite ses jeunes élèves à résister aux faiblesses de comportement dans la vie!
Après ces quelques considérations teintées de moralité, nous plongeons dans un dialogue vivant, drôle, animé de taquineries et de gestes amicaux.
Que va-t-il donc arriver à ce trio d’ados pleins d’avenir…?
Et si, Erjon en fin de compte, profitait d’un moment de vacances pour aller rejoindre ce Glück qui l’incite à se lancer dans l’étude des langues et le théâtre…?
Je suis vraiment curieuse de voir quelle orientation ton héros va prendre…
Etonne-nous encore, hein, tu fais ça si bien.
Amicalement,
Micheline.
Et si en fin de compte monsieur Glück n'était pas la bonne pesonne qu'imagine Erjon?
RépondreSupprimerOui, ils ont oublié comme ils nous détestaient avant la chute du mur! Ils ont déchanté quand ils sont entrés dans le monde capitaliste! Eux qui croyaient que l'argent sortaient des murs... comme on le faisait croire!
RépondreSupprimerIls ont bien compris qu'alors il fallait commencer à bosser sérieusement et ne pas tout attendre de l'état! Mais bon, ils étaient manipulés. Mr Glück est-il plus en avance sur son temps? Plus visionnaire? Le théâtre va-t-il lui faire faire des choses nouvelles? Va-t-il être suivi par Erjon?
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerOn est heureux d’assister à la réconciliation et de retrouver le trio. L’alternance des mini-épisodes qui sont autant de récits à partir de points de vue différents est très cinématographique et donne beaucoup de vie au texte. En fait, il ne faudrait pas grand-chose pour que ta nouvelle devienne un scenario tant les situations et les personnages sont ancrés dans le concret.
Tu fais habilement passer une réflexion et une critique sociale par le biais du destin des parents. La suggestion de Colette de dynamiser cette réflexion au travers d’un dialogue ou de plusieurs dialogues est intéressante. A toi de voir si le challenge te tente !
Par ailleurs on sent que tu t’achemines vers la chute de ta nouvelle et que nous aurons un récit complet et cohérent.
Que dire de plus ? J’attends la fin avec beaucoup de curiosité et d’impatience.
Dans ton prochain texte, sous le signe du vert, une photo sera liée à une dispute. Eh oui ! Encore une !
Bon travail,
Liliane
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerComme toujours, ton analyse est fine et psychologiquement juste. Le père d'Erjon reste marqué par son éducation en RDA .
De même malgré le temps la méfiance ne faiblit pas et est parfois lourde à porter.
Enfin il y a les retrouvailles amicales qui elles effacent les mauvais souvenirs.
Reste l'énigmatique personnage qu'est Monsieur Glück. Va-t-il avoir un impact sur l'avenir et en quel sens ?
Et comment va évoluer notre trio amical ?
J'ai hâte de lire la fin de ton récit.
José
Bonjour Jan,
RépondreSupprimerBien lancée dans la lecture de ton histoire, je reste sur ma faim puisqu'il me faut attendre que tu écrives le dernier chapitre !
J'apprécie beaucoup cette histoire "de tous les jours" que du décris si bien par petites touches : une famille modeste dans un quartier populaire, une école avec un prof qui l'a pris en amitié et le stimule, des émois et des disputes d'adolescents, des jalousies entre voisins, un début de harcèlement à l'école et une malveillance dangereuse chez les adultes, et aussi la beauté des retrouvailles des deux amis qui attendaient que l'autre fasse le premier pas.
Une question : pourquoi le père de Marek soupçonne-t-il M. Gluck de tendances pédophiles ? Aurait-il appris un secret ? Ce que tu nous dis ici jouera-t-il un rôle dans le dénouement de ta nouvelle ?
Pourquoi ne pas placer ton dernier chapitre des années plus tard ? Tu pourrais choisir un jour spécial (mariage, enterrement) pour placer les personnages qui auront bien grandi et se seront tirés d'affaire... ou non. Erjon et Pétra pourraient se marier, ou Erjon en épouser une autre. Ou Petra se marie avec Marek et Erjon est son témoin ? Ou Pétra boit un peu trop à son mariage et vomit dans la salle de bains en tachant sa robe, comme autrefois ? Ou on enterre le concierge et sa méchanceté ? A moins que tu n'aies d'autres projets pour ces personnages... J'aurai plaisir à les découvrir !
Marie-Claire